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GALERIE MICA /
PLACE DE LA MAIRIE / ST GREGOIRE (pdf) /
HALLES CENTRALES / RENNES /

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1 projet…

L’impasse du système consumériste imposé par le modèle occidental n’est plus qu’une hypothèse : ses messagers en milliards de particules ont déjà eu raison du trafic aérien ! Devant l’urgence de changer notre façon d’habiter le monde, l’association Libre Art Bitre a choisi de ne plus perdre son temps en bavardages. Comme pour « Valeurs refuges » en 2009, avec « Contribution » LAB retrousse ses manches et frotte sans ambages la théorie à la pratique en réinventant l’évènement culturel selon le paradigme de « l’intelligence collective ».
A l’intersection des disciplines et des cultures, « Contribution » interroge les capacités de l’art à agir sur le monde.

…3 lieux

A quoi ressemblerait un espace d’art à l’ère de la contribution ? On n’y ferait pas que voir ou acheter, mais dire, faire et donner ! Dans sa nouvelle enveloppe noire, la Galerie Mica cultive sa différence en se faisant le terrain d’expérimentation d’une création collective, sans artistes ni spectateurs. Si la scénographie de Dominique Mathieu évoque le souvenir d’un foyer entre deux salles de classes – avec son bar, sa bibliothèque, son panneau d’affichage et son aire de jeu – la galerie pourra d’autant mieux s’envisager comme un espace à vivre, un lieu de liberté d’expression et d’initiative, dans une réalité qui en compte de moins en moins.
Ce vaste décor met à plat toute hiérarchie de valeur, toute catégorie de genre ou différence culturelle en faisant le pari de la synergie pour réinventer le rapport au monde. Ne s’exprime-t-il pas dès lors qu’un designer imagine une table, qu’un artisan la fabrique, qu’un artiste peint une toile ou qu’un enfant dessine sa maison ?
Dans ce sens, une tablette pourrait déclamer un message politique, un miroir réfléchir sur l’art ; et l’œuvre d’art aurait à son tour une valeur d’usage semblable à une table basse ou un panier de basket ; alors une galerie d’art serait un lieu de débat comme un autre… Au centre, un « jardin extraordinaire » rappelle que la création instaure un dialogue avec la nature (ici, la pierre et la terre), et s’il s’exprime sur le mode de la représentation dans l’art occidental, il est tout aussi légitime d’y voir un acte de participation au monde comme la sculpture Senufo ou la peinture rituelle indienne.

Sur la place de la mairie de Saint-Grégoire, une longue palissade de bois est une invitation tacite à toutes les formes d’expressions qui voudront – ou oseront – s’y investir. Symbole de l’affichage sauvage, l’inscription militante ou le street art, ce mur parachuté dans le décor urbain lance un défi à la liberté d’expression et à la liberté d’agir dans une société de la surveillance.

Point stratégique pour repenser la qualité de vie et les manières de bien consommer, les Halles centrales à Rennessont aussi, pour LAB, un lieu clé pour questionner et imaginer l’avenir ensemble. Artistes, designers, architectes ou graphistes y confrontent sur 20 Kakémonos leur vision d’un monde réinventé. En toute franchise ou avec humour, s’y exprime la nécessité de passer à l’acte alors que les consciences sont déjà en alerte. Se pose alors la question de la place de l’artiste dans le débat de société. Certains jouent les abonnés absents comme Gianni Pettena. D’autres feignent la désinvolture comme Sebastien Gouju qui étend ici une serpillière géante. Mais là encore, l’image dévalorisante du monde par laquelle l’artiste semble répondre à l’invitation n’est-elle pas une incitation joyeuse à un grand nettoyage collectif !

Julie Portier

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